Il y a un poids particulier à retourner à un endroit qui nous a brisés.
Il y a deux ans, l'UTMB de Geneviève s'était terminé à Courmayeur, après une chute dans les Pyramides Calcaires, deux doigts cassés, une commotion cérébrale, et un DNF qui est resté gravé bien plus longtemps que les ecchymoses. Cette année, elle se tenait sur la même ligne de départ à Chamonix. Une athlète différente. La même montagne.
Nous avons voulu partager son histoire ici, dans ses propres mots, parce qu'elle dit quelque chose en quoi nous croyons : que la résilience n'est pas une ligne droite, et que parfois, le geste le plus courageux n'est pas de finir, mais de savoir s'arrêter.

Dix jours avant
Quelques semaines avant l'UTMB, Geneviève prenait le départ de la toute première édition du 50K Boréalys by UTMB à Mont-Tremblant, une course qui comptait pour elle au-delà des résultats, en tant que porte-parole de l'Association québécoise de l'épilepsie et elle-même vivant avec l'épilepsie.
À dix-sept kilomètres de l'arrivée, elle se foulait la cheville. Rien de grave, mais de quoi ébranler les jours suivants.
« Une cheville foulée dix jours avant un UTMB de 176 km et 10 000 m de dénivelé, ce n'était pas exactement le scénario idéal. »
Elle s'envolait pour Chamonix le lendemain, l'esprit en ébullition. Mais dès que ses pieds ont retrouvé les Alpes, quelque chose s'est apaisé. Le thérapeute de l'équipe était rassurant. On allait travailler là-dessus. Elle serait prête.
Elle l'était.
Le départ
Le jour de la course, la météo était exécrable et le départ a été repoussé, le genre d'attente qui transforme le stress en une électricité presque palpable. Puis le départ a été lancé, et les kilomètres se sont enchaînés.
Après une cinquantaine de kilomètres, sa vision est devenue trouble. Rien d'alarmant au début. Un simple inconfort.
Puis c'est allé en s'aggravant.
À Courmayeur, le souvenir de 2024 était forcément présent.
« Je ne voulais pas que cette montagne devienne encore une fois le lieu où mon histoire avec l'UTMB s'arrêtait. »
Elle a continué en direction du refuge Bertone. Un petit point noir est apparu dans son œil droit.
Il a grossi.
Encore.
« Jusqu'à ce que je perde complètement la vision de cet œil. Là, j'ai eu peur. »

Continuer, malgré tout
Ce qui a suivi, ce sont des heures entières autour d'une seule question qui tournait en boucle : devrais-je rebrousser chemin?
Elle continuait d'avancer, tandis que les troubles intestinaux s'installaient et que les vomissements se multipliaient.
Peu à peu, le plaisir, dit-elle, a commencé à disparaître.
Après plus de dix heures à combattre des symptômes auxquels elle n'avait jamais été confrontée, sa vision est lentement revenue. Un soulagement, mais les nausées, elles, ne s'arrêtaient pas, et chaque vague ramenait la peur : cette pression derrière l'œil, un rappel constant de ce qui venait de se passer.
À La Fouly, elle a ralenti.
« Mes amis étaient là. Ils m'ont motivée, encouragée, convaincue de repartir. »
Alors elle est repartie.
Deux kilomètres plus loin, les vomissements ont repris. Le soleil était à son point culminant. La déshydratation la guettait. Devant elle, encore environ soixante kilomètres et 2 500 mètres de dénivelé positif.
C'est là qu'elle a su.
« Ma limite était atteinte pour cette journée. Et j'ai abandonné. »

Savoir s'arrêter
Abandonner n'a jamais été facile, surtout après être revenue à Chamonix déterminée à réécrire l'histoire de son premier DNF. Mais parfois, la victoire n'est pas de continuer à tout prix.
« Ma santé est plus importante qu'une ligne d'arrivée. »
Un autre jour, une autre course, d'autres circonstances, et cette limite aurait peut-être été différente. Mais ce jour-là, le plaisir n'était plus là, et sa santé était en jeu. Alors elle a choisi de s'arrêter.
Il faut du courage pour finir une course. Il en faut un autre, différent, pour en arrêter une avant la fin.
Elle repart de cet UTMB avec plus de questions que de réponses, et avec des apprentissages qu'elle n'échangerait contre aucune médaille de finisher, parce que l'ultra n'a jamais seulement été une question de repousser ses limites. C'est aussi apprendre à les reconnaître.
Son dossard pour l'UTMB 2027 est déjà réservé.
« Jamais deux sans trois. »
La prochaine fois, peut-être que l'histoire s'écrira différemment.
« Mais une chose est certaine : je continuerai de rêver grand. »
Voilà ce à quoi la résilience ressemble, pour nous : non pas le refus de s'arrêter, mais la sagesse de savoir quand le faire. Nous sommes fiers de soutenir des athlètes comme Geneviève, qui nous montrent que la plus grande victoire est parfois celle qu'on choisit de ne pas franchir.